Les plantes messicoles

Plante messicole, définition

Les fleurs des moissons sont plus scientifiquement appelées plantes messicoles. Ce terme (du latin messis = moisson, et colere = habiter) définit des plantes annuelles étroitement liées à la culture des céréales à germination principalement hivernale (blé, avoine, orge, seigle…). Elles poussent en suivant le cycle de développement de ces dernières : labour et semis en automne, germination en hiver, croissance au printemps, moisson et récolte en été. Pour cela, elles sont dites aussi parfois "habitantes" ou "compagnes des moissons".

 

 

Plantes messicoles : témoins de l'histoire de l'agriculture

Depuis l’invention de l’agriculture, huit millénaires avant notre ère, dans le croissant fertile de Mésopotamie, les plantes cultivées ont accompagné le développement des sociétés humaines.

La "domestication végétale" des plantes nourricières, bases de notre alimentation, comme les céréales et la propagation des pratiques agricoles ont généré un nouveau type d’habitat : le champ cultivé.

Des espèces sauvages annuelles nécessitant un sol instable pour germer, ont progressivement peuplé ce nouveau type d’espace, caractérisé par un rythme saisonnier et une dimension productive marqués : ce sont les plantes messicoles.

L’agriculture a changé, leur fragilité s’est révélée

Les plantes messicoles ont connu un fort mouvement de régression depuis une cinquantaine d’années : beaucoup sont menacées de disparition et certaines ont même disparu totalement du territoire. En effet, étroitement liées aux cultures avec lesquelles elles se développent, elles sont forcément sujettes aux modifications des pratiques agricoles ou à l’abandon des cultures.

En France, on compte 102 plantes sur une liste nationale établie par les Conservatoires botaniques nationaux et les experts.

  • 7 sont considérées comme disparues : Céphalaire de Syrie, Cuscute du lin, Dauphinelle à longs pédoncules, Ivraie du lin, Silène de Crête, Silène du lin et Vesce articulée.
  • 52 sont en situation précaire.

 

La place des plantes messicoles dans l'écosystème

La diminution des messicoles a un impact sur l’ensemble de la biodiversité des campagnes : insectes associés et pollinisateurs, oiseaux granivores et insectivores, ravageurs des cultures…

Des facultés d'adaptation au milieu différentes

Toutefois, certaines plantes tel le Coquelicot (Papaver rhoeas L.) restent assez répandues car elles se sont mieux adaptées à des habitats diversifiés : fossés, bords de routes, jachères…

 

Des plantes souvent assimilées à de mauvaises herbes

Parmi les herbes que l’on dit mauvaises ...

Les plantes messicoles font partie du groupe des plantes surnommées "mauvaises herbes" par les agriculteurs et les jardiniers.
Une "mauvaise herbe" est une plante indésirable où elle se trouve, notamment s’agissant d’une espèce sauvage poussant parmi les milieux cultivés. Sous ce terme sont regroupées quelques 1 200 espèces annuelles, bisannuelles, ou vivaces, que l’on rencontre dans les jardins, les massifs, les champs, les vergers, les fossés, les talus… et que l’on cherche généralement à éliminer.

Les plantes messicoles n’en sont qu’une infime partie !

 

Naturellement adventices aux cultures

Si le terme de "mauvaise herbe" est parfois utilisé, on parle aussi de "plantes adventices" (du latin adventicius : qui vient d’ailleurs, de façon inattendue, accidentelle), qui, en agriculture, sert à désigner tous les végétaux qui se développent accidentellement dans les cultures sans y avoir été semés et donc de manière involontaire.

Ces plantes adventices désignent aussi bien les fleurs dites sauvages que les plantes cultivées indésirables (par exemple un Tournesol poussant dans un champ de blé). On spécifiera ainsi que les plantes messicoles sont des plantes adventices aux cultures, puisqu’elles n’ont pas été semées volontairement par l’agriculteur.

Une juste préoccupation pour les agriculteurs

Il faut bien avouer que ces adventices n’ont jamais eu bonne presse et le milieu agricole a très tôt ressenti la nécessité de débarrasser les cultures de ces indésirables intruses, aux effets gênants... En effet, lorsqu’elles sont trop abondantes, elles entrent en compétition avec les céréales cultivées en s’appropriant, à leur détriment, l’eau et les éléments fertilisants du sol. "Une mauvaise herbe en tue trois bonnes et prend la place d’une quatrième !" disait
le député Jacques Bujault (1771-1842), cultivateur et moraliste de son temps.

En outre, le système racinaire de certaines est redoutablement dense ! Ainsi, près de 6 kilomètres de racines mises bout à bout ont été mesurés pour un seul pied de Folle avoine (Avena fatua L.) !

Notons aussi que le développement de maladies peut être favorisé par un microclimat humide entretenu par la présence d’adventices : cette augmentation du taux d’humidité du grain oblige l’agriculteur à ventiler sa récolte, ce qui se révèle coûteux.

 

Des gestes qui expliquent leur effacement

Le tri et la provenance des graines

Durant des siècles, le tri des graines s’est effectué sur le lieu même de l’exploitation agricole, d’abord manuellement, puis à l’aide de trieuses de plus en plus perfectionnées. 
Ce tri était rarement parfait et parfois, les agriculteurs ressemaient une partie des espèces messicoles en réutilisant les grains de la ferme.
Les techniques actuelles rendent ce fait bien moins fréquent : de nos jours les exploitants n’utilisent que rarement leurs propres semences mais achètent des graines qui répondent à des normes très strictes (propreté, taux de germination...).

L’évolution des techniques culturales

La recherche agronomique a permis de comprendre la physiologie des céréales et des plantes adventices, aidant ainsi l’agriculteur à mieux choisir ses périodes de labour et d’ensemencement, afin d’augmenter son rendement. Ainsi, en fonction de l’environnement et de la nature du sol, le cultivateur peut avoir recours à des apports nutritifs extérieurs qui bénéficient directement aux plantes céréalières et non aux messicoles (par exemple, un apport très fréquent de calcium dans le sol).

Le recours aux produits herbicides

Les chercheurs et experts agronomes s’accordaient à dire que l’utilisation d’herbicides a été la pratique culturale la plus efficace pour lutter contre les plantes adventices.
Elle a été aussi la plus efficace pour éliminer les plantes messicoles ! En effet, ces herbicides détruisent les racines, les tiges, les feuilles… mais aussi les embryons qui dorment dans le sol et qui sont éliminés dès la germination.
Sensibles aux herbicides, peu compétitives, incapables de s’adapter à d’autres milieux, les plantes messicoles ont été les premières à subir les effets de ces techniques de lutte. Nombre d’entre elles sont maintenant menacées de disparition.
D’autres espèces adventices, au contraire, ont développé des résistances et restent fortement nuisibles aux cultures.

Il est encore temps d’agir pour les préserver

La problématique de la disparition des plantes messicoles s’inscrit dans le mouvement de prise de conscience de l’importance de la biodiversité, initié dès la fin du XXe siècle par le Sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992 et encore au coeur des préoccupations au niveau mondial avec la COP Biodiversité.

En effet, cette flore ne poussant pas dans les milieux naturels mais au sein d’espaces cultivés et privés, a été la grande oubliée des mesures publiques de protection de la flore par les réglementations nationale et européenne : arrêté interministériel du 20 janvier 1982 et directive communautaire CEE 92/43. 

 

Si les mesures de protection en France stipulent qu’il est interdit de couper, détruire ou arracher certaines plantes menacées dans leur habitat naturel, elles ne s’appliquent pas "sur les parcelles habituellement cultivées".

Les plantes messicoles, aussi rares soient-elles, ne sont par conséquent pas protégées par la réglementation, car leur maintien dans les champs est justement lié à un travail du sol superficiel, à la moisson, au transport des graines, bref, à une activité agricole.
C’est donc en 2000, en France, qu’a été élaboré par le ministère de l’Environnement un premier plan national d’actions pour la conservation des plantes messicoles. 
Des plans nationaux d’actions (PNA)  ont été mis en place afin de compléter la politique de protection des espèces fondée sur une réglementation interdisant un ensemble d’activités (destruction, coupe, mutilation, achat et vente, altération de l’habitat de l’espèce...).
Un état des lieux de cette flore a été produit, de manière à prendre des mesures en faveur de leur sauvegarde : assistance technique, mise en place de bonnes pratiques et d’outils nécessaires à leur conservation sur leur terrain, à destination des acteurs du monde rural (agriculteurs, gestionnaires d’espaces naturels, chercheurs, enseignants agricoles, naturalistes...).
Mais les actions de conservation ont été trop peu nombreuses et géographiquement restreintes.
En effet, cette réglementation ne permet pas de répondre à tous les enjeux en matière de conservation et de protection des espèces et certaines espèces, parmi les plus menacées, nécessitent la mise en place de mesures actives afin d’éviter leur disparition.

 

Un plan national d’actions (PNA) en faveur des plantes messicoles a été proposé pour une première période de cinq ans (2012/2017).

La stratégie de ce PNA consiste à :

  • mettre en place un réseau de conservation des plantes messicoles avec les agriculteurs en soutenant l’utilisation de pratiques agricoles favorables
  • valoriser le rôle fonctionnel et les services rendus par les plantes messicoles dans le champ, en attirant pollinisateurs et auxiliaires des cultures 
  • veiller à ce que les mesures de conservation soient acceptables socialement et économiquement par les agriculteurs 
  • créer un label pour promouvoir les semences de plantes messicoles d’origine locale, qui seules peuvent contribuer à la conservation de la flore sauvage ;
  • renforcer les compétences de tous les acteurs de la chaîne "agriculturebiodiversité".

    Ainsi, il est plus aisé de connaître l’évolution de la biodiversité en milieu rural, liée aux pratiques agricoles.
    En effet, il est important que chacun soit sensibilisé à la préoccupation environnementale mais qu’il soit aussi aidé financièrement et concrètement pour conserver cette biodiversité.

    De nombreux autres pays ont développé des politiques similaires et les plans d’actions sont désormais reconnus comme une politique indispensable en matière de conservation de la nature.

    Les plantes messicoles, au bénéfice de la nature et de l’homme

    Dans le droit fil du concept de préservation de la biodiversité végétale, cette sauvegarde comporte plusieurs intérêts et notamment :

    Intérêt environnemental des plantes messicoles

    Les plantes messicoles sont le symbole d’une agriculture riche, ancrée dans un espace présentant des terroirs vivants et des paysages de qualité. La disparition de  ces plantes représente donc un problème de dégradation paysagère de l’environnement et, plus philosophiquement, une question de développement durable et d’éthique.

    Patrimoine de notre mémoire collective

    Les fleurs des moissons sont entrées dans la mémoire collective. Bleuets et Coquelicots sont les fleurs de la Nation, symbolisant le bleu et le rouge du drapeau français. Ce sont les fleurs du souvenir.
    Elles participent d’une certaine esthétique des paysages ruraux.
    Leurs couleurs, en particulier, ont inspiré de nombreux peintres (Monet, Van Gogh, Klimt…)

    Faire avancer la recherche

    Presque toutes ces plantes ont été ou sont utilisées comme plantes médicinales, alimentaires ou horticoles.
    Pour certaines, elles présentent des propriétés utiles à l’homme et aux besoins de son développement.
    Il est donc important de conserver ce réservoir de biodiversité végétale qui constitue un potentiel pour l’avenir.

    Intérêt écologique des plantes messicoles

    Leur disparition progressive engendre une perte de richesse de la biodiversité. Il s’agit alors d’oeuvrer en faveur, d’une part, de la préservation de la nature et d’autre part, de la survie des espèces inféodées à ces cultures (insectes, oiseaux…) qui ont aussi un rôle dans le bon fonctionnement des systèmes agricoles.

    Offrir une fleur à tous les pollinisateurs

    La protection des plantes messicoles s’inscrit dans une démarche visant à augmenter les populations d’insectes pollinisateurs : les espèces à pollens et à nectar, très nombreuses, attirent beaucoup d’insectes qui permettent ainsi la reproduction de la quasi-totalité des espèces végétales.

     

    Les apiculteurs sont aussi très heureux de retrouver abeilles butinant Bleuets, Anthémis... permettant ainsi d’obtenir un excellent miel "toutes fleurs".
    Nos plantes des moissons ont aussi un rôle primordial dans la lutte biologique contre les ravageurs des cultures, car elles attirent les insectes (coccinelles, araignées...) qui peuvent lutter contre les pucerons et autres prédateurs. Tout ceci contribue finalement au maintien de cette biodiversité à laquelle nous tenons tant.
    Les essais réalisés dans la nature et sur certains habitats ont largement permis de prouver qu’une flore diversifiée contribue au maintien des équilibres écologiques par la présence d’insectes, de papillons... De nouvelles plantes peuvent même réapparaître.

     

    Découvrir les fiches des "plantes messicoles" dans la médiathèque

     

     

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